Chanson combinatoire en déca- et heptasyllabes sur quatre rimes (texte collectif). Lundi 31/10/2016 avec Martin Granger.
Mode d'emploi : prendre au hasard un vers dans la colonne des « ille », puis un vers dans celle des « eau », puis un vers dans celle des « ère » puis un vers dans celle des « a ». Recommencer ad libitum. Le thème richesse–pauvreté est inspiré de la balade du matin dans les Marolles.
Devant mon compte en banque je vacille
Facture reçue : mon cœur se fendille
Partout où tu vas, prends, vole, grappille
Mais tout ça dans le fond n'est que broutilles
La vie parfois ne tient qu'à une fille
Dans ma poche, quelques euros frétillent
Comment survivre ? Donnez-moi des billes !
J'aurais bien pris l'entrecôte aux morilles
V'là du foie gras pour nourrir les gerbilles
Assoyez-vous Monseigneur je vous prie
Le mendiant rapièce ses guenilles
Sortez Médor pendant que je m'habille
Ce doux vison me vient de ma famille
Les pauvres sont élevés en batt'rie
Quand on est pauvre on meurt pour sa patrie
Ici et là les filles sont gentilles
De pied en cap et vêtu de guenilles
Oublions les falbalas les mantilles
Élançons-nous, faisons tinter nos trilles
Rêvons de brocards de soie aux chevilles
En espérant que rien ne parte en vrille
On peut aimer les plus sales guenilles
Sûr qu'elle brille comme l'or, la vie
Dormir dans la paill' manger des brindilles
Les pauvres meurent sans joie ni furie
Il ne faut adorer que ce qui brille
Gigot, caviar, chanterelles, morilles
Car c'est toujours les plus pauvres qu'on pille
En cuisinant une soupe aux lentilles
Des demoiselles portant des mantilles
Au loin, Grenade, ville de Castille
Tu joues bien mal à l'éternelle fille
Bien sûr contre nous de la tyrannie
Je vis des quelques sous que je grapille
Je récupèr' ce que d'autres gaspillent
Je rêv' de m'envoler pour les Antilles
Moi aussi j'aime bien tout ce qui brille
Parquets en chêne et lustres à pampilles
Faut partager ? Je retire mes billes
On ne veut pas des trottoirs de Manille
Le fric s'affich' jusque dans les pampilles
Jeu de baccarat ruine la famille
Ventre creux que détresse et faim tortillent
Vagabond ne portant que des guenilles
Là-bas on trouve des petites filles
Sous le lustre tout garni de pampilles
Qu'elle sent bon l'omelette aux morilles
Le saumon fumé réjouit les papilles
Les pieds nus dans de vieilles espadrilles
Quand les soucis volent en escadrille
Des biens précieux mais pas de peccadilles
Nulle orchidée, un bouquet de jonquilles
Je t'aurais bien offert une mantille
Le matador seul dans l'arène grille
Un verre de champagne t'émoustille
Allons vaillants enfants de la patrie
Quel merveilleux clafoutis aux myrtilles
Quand reviendra la saison des myrtilles
Les novices porteront des mantilles
Nous boirons un grand bol de camomille
Écrivant un sonnet de pacotille
Tous nous entonnerons sous la charmille
Cosette porte un manteau de guenilles
Tendez un drap que je me déshabille
Je vous invite à danser le quadrille
Quel que soit le niveau de ta famille
Il faut savoir quand retirer ses billes
On peut être à la fois riche et gentille
La pauvreté ça fait partir en vrille
Quand j'ai des sous, moi je les éparpille
Il n'y a pas d'or derrièr' tout ce qui brille
Pour tout repas un' salade flétrie
Dans une vieille masure noircie
Pour seul pass'-temps les enfants jouent aux billes
Impuissants comm' les pièces d'un jeu d' quilles
Hors de la vill' la pauvreté bannie
L'assemblée des nantis s'est réunie
Vase en cristal rempli de fleurs jolies
Tristesse ou joie, chaque jour un œil brille
Grasse ou maigre chair le ver se tortille
À quoi bon écouter tous ceux qui crient
Dans la soie ou la paille mais blottie
*
Écrasés par les impôts
Submergé par le boulot
La vie c'est pas rigolo
Aux mains d'un vieux gigolo
Pas d'autre av'nir que prolo
Consommateurs et badauds
Au menu : tranch' de gigot
Afficher sa belle auto
Avec le pain, du choco
Pour être pendu plus haut
Pas tous le même dodo
Brulez-vous si c'est trop chaud
Faut du fric pour fair' le beau
Tous les soirs c'est pât's à l'eau
T'as qu'à jouer au loto
Le pauvre est toujours salaud
Tu auras ta poule au pot
Pour pas finir au cachot
En mangeant des artichauts
C'est ça, la vie de prolo
Pendu au portemanteau
À grimper sur les rideaux
Poux sur la tête à Toto
Car c'est la fin des dodos
Les Marolles dans la peau
Entre un bouge et un tripot
Invention de l'Oulipo
Pourquoi pas un sombrero ?
On reviendra du Congo
Vivre avec quarante euros ?
Faim, soif, et rien sur le dos
Vous valez mieux qu'un clodo
Reste au pain sec et à l'eau
On voit mourir le taureau
Donne une obole au clodo
Sur la table, les cadeaux
Le lard cuit sur le fourneau
On discute bien au chaud
On ne boit pas que de l'eau
Le chien errant sort ses crocs
Tout coute cher, tout est beau
L'accordéon pleure un do
On nous prend pour les soûlots
Poche sans le moindre écot
Pauvre gueux dans le ruisseau
L'or se perd sous les râteaux
Rajoutons deux-trois zéros…
Pas de gêne on paie banco
Comptoirs, œuf dur, quel cadeau !
Qui voudrait vivre au Congo ?
Faudrait gagner au Loto
Dans les poubell's du métro
Cantine et tickets resto
Je hais les riches tacots
Je reviens seule à vélo
Dormir sous de vieux journaux
Pain blanc, saucisse et mégot
Huitres et champagne sur l'eau
La richesse est un gros mot
Tant va la misère à l'eau
Crachez sur les oripeaux
Par ici le gros magot
L'égalité n'est qu'un mot
Vaut mieux cacher ses lingots
C'est la vie d'un cheminot
J'ai pas tiré le gros lot
Foin du temps des oripeaux
En route les étourneaux
Enivrons-nous de bordeaux
Et le thé sur un plateau
Faisons bête à deux dos
Un cigare et du Porto
Le peuple courbe le dos
Ça sent la Veuve Clicquot
Le nez dans le caniveau
C'est la chanson du clodo
On ne fait pas de cadeau
La vie c'est pas du gâteau
La vie fait pas de cadeau !
Faut pas dépenser idiot
On vit pas que d'air et d'eau
Tout à coup, soudain, rideau !
Ca retourne le cerveau
Qui tombe dans le panneau ?
Et zut, j'en ai plein le dos !
*
Tu me défies dans ta posture fière
Tu portes haut ton habit de lumière
On t'adule autant qu'un Dieu sur la terre
Assise au bord de la rout' je prends l'air
Que faire avec un diplôm' de misère ?
L'argent, c'est clair, c'est ce que je préfère
Bientôt, le grand héritage du père
Loin là-bas au pays des phacochères !
Trop d'ambition conduit à la misère
Mes domestiques avaient du savoir-faire
Ne prenez pas vos airs de prolétaires
Il y a pas d'mal à faire bonne chère
Qu'est-ce que ça sent ? L'urine ou bien la bière ?
Mais quelle horreur la casquette à l'envers
Il y a plein d'place au Secours Populaire
J'ai de l'argent qu'est-ce que ça peut vous faire ?
En février je vais à Val d'Isère
J'ai du cristal dessus mes étagères
La misère est misérable, misère !
Les pauvres ne sont que des vers de terre
Unissez-vous donc enfin, prolétaires !
Le pot de fer se rit du pot de terre
Si l'on n'a rien on a bon caractère
Je ne veux voyager qu'en classe affaires
Loin du chic et des ors des ministères
Quand je s'rai grand je serai actionnaire
J'vois passer les avocats, les notaires
Certains pour manger, tueraient père et mère
Quand on est riche il faut en avoir l'air
Pouvoir s'offrir des plaisirs éphémères
N'avoir que l'identité de misère
Un régal ce plateau de fruits de mer
Je prendrai l'ile flottante au dessert
L'accordéoniste joue un vieil air
Les chineurs vendent livres et bréviaire
Tout comme dans la chanson de Prévert
De père en fils ils allaient à la guerre
De fils en père on les mettait en bière
Mourir de rire en mordant la poussière
Penser aux jours meilleurs dans sa galère
Fouler au trot les allées cavalières
Le front bien haut sous la porte cochère
Toi tu es contrôlé à la frontière
J'aurais bien épousé une banquière
Pour blanchir faut connaitre les filières
Comme unique terrain d'jeu la bruyère
Seule ressource : des amis solidaires
Osez résister, sautez les barrières !
Devoir toujours se donner des grands airs
Tous les cailloux sont de précieuses pierres
Qu'il faisait bon auprès de la chaudière
Mange ton steak et passe la salière
Gavez, gavez, il n'en restera guère
Toujours comme si c'était la dernière
*
Et ça va couter un bras
Du satin sur le mat'las
Des desserts au chocolat
Le financier se mang' froid
Mayonnaise et tortilla
Comme un chat ou comme un rat ?
Fatigué et raplapla
Pas de feu et peu de bois
Pas de dessert au repas
Fortune repassera
Petit pas cahincaha
Pauvreté est dure loi
S'amoncèlent les gravats
Remplissez mon verre à ras
Être traité en paria
Cylindrées et tralala
Dormir dans un galetas
Je charge la muleta
Mon sang gicle sur tes bas
J'expire vers mon trépas
J'irais bien à l'opéra
Et les stars de cinéma
J'aim'rais ne plus avoir froid
Champagne et tout l'tralala
Caviar et bons petits plats
La vraie vie c'est le foie gras
Ah, ça ira, ça ira !
Passer de vie à trépas
Quand tout se fane ici-bas
On crèv'ra tous comme des rats
Dans la soie et le taff'tas
Eh ! Faut signer le TAFTA !
Les richards ont tous les droits
Quand on fait des chèqu's en bois
Reprendrez-vous du foie gras ?
Un' grand' frite et un Coca
Qui saurait manger du rat ?
En baskets on n'entre pas
Chez BNP Paribas
'Tention, c'est du Baccarat
Quel horrible trou à rats
Mon portemonnaie est plat
Pas de fric, pas d'chocolat !
Où part l'argent de l'État ?
L'or est sous le matelas !
Mais j'habite avec un rat
Prends-toi un bon avocat
mardi 6 décembre 2016
Acrostiche Gamme
Acrostiche gamme - Mercredi 02/11/2016 avec Amélie Charcosset.
Dormir au dos des sables dorés
Réveiller nos sens endormis
Miroiter les soleils d’Halifax
Fabriquer des bâbords à boussoles
Solliciter les lames qui ne sont pas là
Larguer les amarres les soucis
Siroter une gueuze sans fardeaux
Dorloter sa muse d’un cadeau
Dormante, l’eau baigne les berges de ciment et
Réveille les têtes des grues fouillant les containers.
Mi-ombre, mi-soleil, un avion trace de blanc le bleu du ciel.
Fable d’automne pour un conteur qui jette les mots avec la main, dans un micro aussi
Solide qu’instable.
La croisière somnole, les mouettes s’ébattent et les ponts dominent le canal
Silencieux.
D’or et de rouges, sont les arbres qui encadrent le tableau.
Dors ou plutôt non
Réveille-toi enfin
Mise sur le soleil, que le diable
Fasse que le ciel reste bleu
Solidement ancré à sa couleur
La houle nous berce
Si doucement et surtout
Dominant le bruit des moteurs
Dormir au dos des sables dorés
Réveiller nos sens endormis
Miroiter les soleils d’Halifax
Fabriquer des bâbords à boussoles
Solliciter les lames qui ne sont pas là
Larguer les amarres les soucis
Siroter une gueuze sans fardeaux
Dorloter sa muse d’un cadeau
Nathalie
Dormante, l’eau baigne les berges de ciment et
Réveille les têtes des grues fouillant les containers.
Mi-ombre, mi-soleil, un avion trace de blanc le bleu du ciel.
Fable d’automne pour un conteur qui jette les mots avec la main, dans un micro aussi
Solide qu’instable.
La croisière somnole, les mouettes s’ébattent et les ponts dominent le canal
Silencieux.
D’or et de rouges, sont les arbres qui encadrent le tableau.
Minou
Dors ou plutôt non
Réveille-toi enfin
Mise sur le soleil, que le diable
Fasse que le ciel reste bleu
Solidement ancré à sa couleur
La houle nous berce
Si doucement et surtout
Dominant le bruit des moteurs
Henry
dimanche 4 décembre 2016
Caviardage
Caviardage - Mercredi 02/11/2016 avec Olivier Salon.
Olivier
nous demande de
« caviarder » un
texte de Julio Cortazar
En en
changeant le déroulement afin qu’il conte une autre histoire mais
en gardant les mots et les phrases existants dans l’ordre où ils
se présentent.
Il avait commencé à
lire. Installé dans son fauteuil favori, le dos à la porte, il
laissait sa main gauche caresser de temps en temps le velours vert.
Sa mémoire retenait le nom et l’apparence des héros. Il jouissait
du plaisir presque pervers de s’éloigner petit à petit, ligne
après ligne, de ce qui l’entourait. Il se laissait prendre aux
images qui s’organisaient.
Il fut ainsi témoin
de la dernière rencontre dans la cabane parmi les broussailles. La
femme vint la première, méfiante. Puis, vint l’homme, le visage
griffé par les épines d’une branche. Admirablement elle étanchait
de ses baisers le sang des égratignures. Lui se dérobait. Il
n’était pas venu répéter le cérémonial d’une passion
clandestine.
Un dialogue haletant
se déroulait comme un fleuve de reptiles et l’on sentait que tout
était décidé. Il commençait à faire nuit.
Sans se regarder ils
se séparèrent à la porte de la cabane. Il se retourna un instant,
pour la voir, les cheveux dénoués. Il se mit à courir, se coulant
sous les arbres et les haies.
En haut : la
porte du salon, le dossier élevé du fauteuil de velours vert et
l’homme en train de lire un roman.
Marie-Claude
Il abandonna le
train, retournant à sa propriété.
Sa mémoire retenait
les apparences. Il se mit à s’éloigner petit à petit tout en
demeurant conscient du crépuscule.
Il se laissa prendre aux images qui s’organisaient et qui acquéraient progressivement couleur et vie... La cabane parmi les broussailles, les épines, une branche, un monde de feuilles sèches et de sentiers furtifs.
Il commençait à faire nuit. Il devait suivre le sentier qui allait vers le Nord. À la fin, il distingua dans la brume mauve du crépuscule l’allée qui conduisait à la maison.
Il se laissa prendre aux images qui s’organisaient et qui acquéraient progressivement couleur et vie... La cabane parmi les broussailles, les épines, une branche, un monde de feuilles sèches et de sentiers furtifs.
Il commençait à faire nuit. Il devait suivre le sentier qui allait vers le Nord. À la fin, il distingua dans la brume mauve du crépuscule l’allée qui conduisait à la maison.
Dany
Exercices de style
Exercice de style : Le meurtre de Jallat
Mardi 01/11/2016 avec Olivier Salon
Jugeant
sa fille (19 ans) trop peu austère, l’horloger stéphanois Jallat
l’a tuée. Il est vrai qu’il lui reste onze autres enfants.
Réécrire
en suivant d'autres consignes :
Redondance :
Monsieur
Jallat, horloger montreur de montres, fabricant d’horloges et grand
maitre des temps et contretemps, aimait sa fille, il l’adorait, ce
juteux fruit de ses fécondes entrailles. Mais en grandissant elle
prit des airs, des attitudes, des mœurs par trop légères et
court-vêtues au gout de son papa, qui était fort à cheval sur les
tics-tacs. Pour tout dire sa fille était elle-même très légère,
belle, aguicheuse et peu avare de ses charmes à vrai dire fort bien
tournés, et dont elle était très généreuse, n’hésitant devant
aucune turlutaine folichonne.
Au
point que l’horloger Jallat, qui aimait par-dessus tout remettre les
pendules à l’heure au milieu du village, formula une idée, conçut
un projet, élabora un plan sinistrement noir : mettre fin à
ses jours – ceux de sa fille -, l’éliminer, lui couper le
souffle, les râles voluptueux et les petits bals du samedi soir.
Bref il l’occit, la trucida, la fit mourir jusqu’à ce qu’elle
ne respire plus.
Fut-il,
après cet infanticide criminel et meurtrier, effleuré par l’ombre
d’un sombre remords bien mérité ? Difficile de le savoir
avec certitude : l’âme humaine est pleine de cachettes
subtiles et d’obscurités délétères. Elle est à vrai dire
incompréhensiblement énigmatique et mystérieuse.
Mais
on peut supposer, voire même supputer, que les éventuels remords et
la probable peine de Monsieur Jallat furent quelque peu allégés par
son indubitable et profond sens des responsabilités. En effet,
Monsieur l’horloger Jallat de Saint-Étienne, dont les entrailles
étaient fécondes, avait déjà la lourde pesante charge de onze
morveux turbulents et reniflards engendrés par lui-même dans un
moment de distraction.
On
peut dès lors comprendre qu’un horloger compétent et minutieux,
soucieux des temps et contretemps, ait voulu, au prix d’un meurtre
certes abominable et accompli jusqu’à la dernière goutte, alléger
cet évident fardeau afin de préserver l’équilibre délicat de
cette fratrie dont il était le père, devant Dieu et devant les
hommes.
Marianne
Onomatopées
Youkaïdi
Youkaïda, mademoiselle Jala était une jeune fille un peu Olé Olé.
Son père Horloger Tic tac tic tac à Saint-Etienne (Allez les Verts)
Pan ! la tua pour mieux s’occuper de sa femme Tchic Tchac
Tchic Tchac et de leurs 11 autres enfants Ouinnnn !!!
Brillantes
métaphores horlogères
Talons aiguilles,
Longchamps en balancier, taille haute et hanches larges à la
comtoise, Melle Jallat égrenait son temps sur le pavé
stéphanois. Elle connaissait plus de rouages que son père
expert en mécanismes horlogers. Rollex, Swatch, Timex et
autres coucous suisses roulant sur l’or étaient passés dans
la bijouterie familiale refusant d’offrir la bague des
fiançailles. Géniteur de 11 autres brillants enfants, ne
pouvant supporter cette tocante, son père la tua.
Lettre
Maitre Jallat
Horloger
à Saint-Étienne
À
Sergent
Joseph Bouvier
Les
Baumettes
Cher Monsieur
Bouvier,
J’ai appris votre
récente arrestation près de Marseille, après une série de méfaits
dont vous reconnaissez la culpabilité. Vous êtes certainement passé
à Saint-Étienne avant votre descente de la vallée du Rhône.
Je me permets de
vous écrire car j’ai ouï dire qu’on remettrait votre peine de 2
ans pour chaque victime reconnue, identifiée et localisée.
J’ai récemment
occis ma fille ainée de 19 ans qui menait mauvaise vie et portait
atteinte à la réputation de ma prospère boutique stéphanoise. Je
suis le père de 11 autres enfants et comprenez que j’aurais peur
de leur manquer cruellement en avouant mon crime.
Aussi, je vous
demanderais de bien vouloir endosser cet acte à ma place, contre
forte récompense cela va de soit (vous n’êtes plus à une victime
près et au pire votre pendaison sauvera 11 orphelins).
Si vous acceptez,
je vous enverrai moult précisions.
Cordialement
Jallat
Nathalie
T.
Mathématique
Le nombre des ans de sa
fille était le huitième nombre premier. Mais cette fille jouait
régulièrement à 1 + 1 = 2, même si elle pensait qu’à ce
jeu-là, 1 + 1 = 1. Le père, qui s’appelait Jala, craignait fort
que 1 + 1 = 3. Lui travaillait dans le domaine des machines à
mesurer le temps, des machines à douze coups. En adéquation avec sa
fonction, avait tiré douze coups avec son épouse. En bon mécréant,
il refusait l’axiome de la foi 3 = 1. Ni une ni deux, il réduisit
sa fille ainée à 0, et put s’exclamer 12 – 1 = 11.
Quatrain
La fille ainée Maya de
l’horloger Jallat.
Des garçons stéphanois
faisait la stricte chasse.
“Mais si ça continue,
il y aura de la casse”
Dit Jallat en prenant son
fusil. “Ah la la”
Prononça tristement
Mélodie son épouse.
“Heureusement que des
gosses, on en a fait douze.”
Dialogue
— Pas possible, Eugène
!
— C’est comme j’t’le
dis, Théodore.
— Jala, l’avait
combien d’gosses ?
— Au départ, il en
avait douze, Théodore
— Dont l’ainée, qui
courait les garçons, c’est bien ça, Eugène ?
— Parfaitement,
Théodore. Et ça, ça plaisait pas à son daron, vu son âge
qu’était pas en rapport.
— Elle avait quoi, 15
ans, l’Amélie ?
— Penses-tu, 19 ans
bien sonnés.
— Alors pas de quoi en
faire un drame.
— Ben, elle était
encore mineure, Théodore.
— Elle prenait du bon
temps, Eugène.
— J’pense bien,
Théodore. Mais le bon temps ne dure qu’un instant.
— Justement ça rime.
— Tu vois bien, c’est
un signe.
— Alors qu’est-ce
qu’il a fait, le Jallat ?
— Non ?
— Comme j’t’le dis,
Théodore.
— Le pauvre, il a dû
regretter son geste non ?
— Penses-tu ! Des
gamins, il en avait trop ! Et il lui en reste encore onze !
Lipogramme
en e
À dix-huit ans, Maya
courait garçon sur garçon. Maya aimait l’amour, Maya aimait son
frisson. Ça plaisait pas du tout à son papa Jallat qui, fort jaloux,
saisit son fusil. Boum ! Il tira un coup sur Maya, qui succomba
aussitôt. Mais Jallat a toujours dix marmots.
Olivier
vendredi 4 novembre 2016
DiscourT d'inauguration de Bruxelles déci-belle
DiscourT (car pas trop long)
d'introduction à Bruxelles déci-belle
Bonjour
à toutes et à tous,
Étant donné sa popularité
internationale et le fait que beaucoup de dames d'un certain âge
dont certaines ici présentes ce matin rêvent en secret de l'avoir
comme beau-fils (il parle bien, a une bonne situation et est très
bien de sa personne), j'aurais voulu inviter, pour inaugurer ce
Bruxelles déci-belle, Monsieur Paul Magnette, négociateur du Traité
d'échanges commerciaux avec le Canada, célèbre maintenant partout
dans le monde, dans l'espoir de l'entendre nous annoncer ce que moult
Français ont appelé de leurs vœux ces dernières semaines,
CETA-dire, oui, dois-je le répéter, c'est-à-dire l'annexion de la
France à la Wallonie pour résister au rouleau compresseur des
Multinationales.
Lorsque je l'ai invité, il a d'abord
dit non, ce qui ne m'a pas découragé puisque je sais
qu'il a maintenant l'habitude de dire
oui après avoir dit non. J'ai insisté. Il a fini par dire CETAvoir,
ce qui m'a laissé un peu d'espoir. Puis il a dit CETAbominable, j'ai
trop de travail, je n'arrive pas au bout des 1600 pages du traité…
Mais lui ai-je rétorqué, c'est inutile, le traité est signé,
CETAdjugé, CETAdmis CETAdvenu, CETAcquis, que puis-je encore dire,
CETAchevé, CETActé… Mais voilà, CETAffligeant, il ne sera pas
là. J'ai beau lui avoir dit que tout le monde pouvait se tromper
(moi-même je dois avouer que j'ai utilisé ma messagerie personnelle
pour informer des centaines de gens de l'existence de Bruxelles
déci-belle - quand je lui ai dit çà, HILLARY), mais rien ne l'a
convaincu de nous rejoindre.
Donc comme personnalité présente à
ce premier jour de Bruxelles déci-belle, vous devrez, et je m'en
excuse, vous devrez vous contenter de quelqu'un de plus modeste et
qui surtout a accepté mon invitation sans rechigner, je veux parler
bien sûr de moi, moi, oui, moi, car après toutes les galères que
mes coéquipiers et moi avons dû supporter pour organiser cet
évènement, je suis presque devenu une personne alitée…
Quoi qu'il en soit, Bruxelles est là
et il ou elle vous attend patiemment.
Je
sais, elle doit être du genre féminin, ce "elle" dans son
nom l'évoque à souhait. Mais ce "s" final à Bruxelles,
dites-moi ? Serait-elle donc aussi plurielle ? Moi qui la croyais
singulière, si singulière.
Pourtant,
je pourrais vous parler de ses ordures, des dépôts clandestins, de
ses chantiers permanents, de ses embouteillages et même de ses
tunnels qui se délitent, de ce palais de Justice couvert
d'échafaudages depuis près de quarante ans et de cette basilique
grotesque à l'autre bout de la ville (combien pourrait-elle
accueillir de réfugiés ?). Non, ça suffit. C'est une
tradition, il parait qu'on ne fait pas de politique à l'Oulipo. Et
puis on n'est pas à Bruxelles pou-belle ici, mais bien à Bruxelles
déci-belle.
Place
donc aux bruits de la ville et à la musique ! Et même aussi au
silence…
lundi 17 octobre 2016
Bruxelles déci-belle
Bruxelles
déci-belle
Après Bruxelles, ma belle en 2012, Bruxelles re-belle en 2013
et Bruxelles babel-le en 2014, voici Bruxelles déci-belle en 2016.
Une équipe d’amoureux et d’amoureuses de Bruxelles vous emmène découvrir des réalités visibles et invisibles de la ville pour les transcender ensuite à travers l’écriture oulipienne et le déploiement imaginaire qu’elle autorise. Il s’agira non seulement d’arpenter le pavé bruxellois, d’ouvrir les yeux, le nez, mais aussi et surtout les oreilles !
Cette édition aura en effet pour thème la musique et les sons dans la ville et dans tous leurs états.
Durant quatre jours, le matin, des balades seront proposées autour de lieux, activités, expériences liés à la musique certes, mais également aux ambiances sonores urbaines. L’après-midi, des ateliers d’écriture seront organisés, exploitant les observations enregistrées, les émotions vécues, les souvenirs apparus le matin.
Ces activités sont animées par des membres du mouvement littéraire OuLiPo (Ouvroir de littérature potentielle) qui proposeront des formes d’écriture basées sur des contraintes, souvent ludiques.
Certains soirs, des spectacles vous seront proposés.
Le dernier jour, les productions écrites de la semaine seront mises en scène – et en son !
Ces deux dernières activités sont ouvertes à un large public.
Bruxelles déci-belle : quand ?
Du lundi 31 octobre au jeudi 3 novembre 2016.
Bruxelles déci-belle : où ?
Notre quartier général sera la Maison de la Francité, 18, rue Joseph II (Bruxelles-Ville), mais les balades arpenteront toute la ville. Les ateliers d’écriture se tiendront dans divers lieux culturels, les spectacles à la Maison du Livre (Saint-Gilles).
Pour voir la liste et un descriptif des balades du matin, voir la page suivante.
Bruxelles déci-belle : pour qui ?
Aucun prérequis n’est exigé pour participer. Il n’est pas nécessaire non plus d’avoir déjà l’expérience d’un atelier d’écriture, d’avoir lu des oeuvres de l’Oulipo ni d’être capable de réciter par coeur les Cent mille milliards de poèmes de Raymond Queneau.
Bruxelles déci-belle : qui anime ?
Cette année, Amélie Charcosset, Martin Granger, Robert Rapilly, Olivier Salon nous accompagnent dans les ateliers d'écriture.
Bruxelles déci-belle : combien ?
La participation demandée pour les quatre jours est de 99 €.
Ce montant permet de participer à toutes les activités (balades, ateliers d’écriture, rencontres, spectacles), il ne comprend pas le logement ni les repas.
Des possibilités de logement seront proposées en fonction des demandes.
Bruxelles déci-belle : comment s’inscrire ?
1. envoyer un courriel à Henry Landroit (henry.landroit@skynet.be) signalant votre participation ;
2. verser le montant de votre inscription avant le 20 octobre 2016 sur le compte
BIC BPOTBEB1 IBAN BE04 0003 2542 8431 du CQFD - Bruxelles.
Attention : les chèques ne sont pas acceptés.
L’inscription ne sera jugée valable qu’après le payement. Vous serez alors tenu(e) au courant de tout ce qui concerne Bruxelles déci-belle (détails d’organisation, programme détaillé, nouvelles, etc.).
Pour s'informer plus encore :
Jacqueline Martin (jacqueline.martin@skynet.be)
Pour approfondir et se tenir au courant :
bxldecibelle.blogspot.be
oulipo.net
Pour lire des exemples de réalisations et voir des photos des éditions précédentes :
bxlrebelle.blogspot.be
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Co-organisation
: Maison de la Francité. Parraineurs au 1.07.2016 : Maison du Livre, avec le soutien de la Ville de Bruxelles, du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, de Réseau Kalame et du CQFD.
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